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Calculer la rentabilité d’un chantier, sans tableur

7 min de lecture

Beaucoup d'entreprises du bâtiment travaillent beaucoup et gagnent peu. Le plus souvent, ce n'est pas le prix qui est trop bas : c'est le coût de revient horaire qui n'a jamais été calculé.

La marge brute, chantier par chantier

C'est le premier chiffre, et le plus simple : ce que le chantier a rapporté moins ce qu'il a coûté directement.

Marge brute = facturé HT − (achats + sous-traitance + main-d'œuvre affectée)

Les achats comprennent les matériaux, la location de matériel et les consommables. La main-d'œuvre se compte en heures passées × coût horaire réel — pas le salaire net, le coût complet pour l'entreprise.

Le coût de revient horaire : le chiffre qui manque

Un compagnon payé 2 200 € brut par mois ne coûte pas 2 200 €. Il faut ajouter les charges patronales, les congés payés, la mutuelle, les paniers, les déplacements, la formation, les équipements de protection.

Puis diviser non par les heures payées, mais par les heures facturables : celles réellement passées sur un chantier. Entre les trajets, l'entretien du matériel, les devis et les intempéries, on dépasse rarement 1 350 heures facturables par an pour 1 607 heures payées.

Coût horaire = (coût annuel complet) ÷ (heures facturables). Le résultat surprend souvent : il dépasse fréquemment 35 € de l'heure pour un salarié payé au SMIC.

Les frais généraux, que personne ne répartit

Le véhicule, l'assurance, le téléphone, le comptable, le local, les outils, les logiciels : ces frais ne se rattachent à aucun chantier, mais ils se paient tous les mois.

La méthode la plus simple consiste à les exprimer en pourcentage du chiffre d'affaires de l'année précédente, puis à appliquer ce pourcentage à chaque chantier. Entre 12 % et 20 % est courant chez les entreprises de moins de dix salariés.

Marge nette = marge brute − quote-part de frais généraux. C'est ce chiffre qui dit si le chantier a enrichi l'entreprise.

Le coefficient de vente

Une fois le coût de revient connu, le prix de vente s'en déduit par un coefficient qui couvre les frais généraux et la marge voulue.

Prix de vente = coût de revient × coefficient. Un coefficient de 1,35 sur un coût de revient de 35 € donne un prix horaire de 47,25 €. Si vos concurrents facturent 45 €, le problème n'est pas votre prix : c'est votre structure de coûts, ou vos heures facturables.

Mesurer pendant, pas après

Un chantier dont on découvre la marge trois mois après la fin ne sert qu'à la statistique. L'intérêt est de voir l'écart pendant qu'on peut encore agir : relancer un avenant, arrêter une reprise gratuite, renégocier une fourniture.

Cela suppose que les achats et les heures se rattachent au chantier au moment où ils arrivent — un ticket photographié en sortant du fournisseur, des heures pointées le soir même. Une saisie différée n'est jamais faite.

Questions fréquentes

Combien d’heures facturables compter par an ?

Entre 1 300 et 1 450 heures pour un salarié à temps plein, une fois retirés les congés, les jours fériés, les trajets non facturés, l'entretien du matériel et les intempéries. Retenir 1 607 heures conduit à sous-évaluer le coût horaire de près de 20 %.

Faut-il compter son propre temps de dirigeant ?

Oui, dès qu'il est passé sur le chantier. Un artisan qui ne se compte pas croit gagner de l'argent sur des chantiers qui, en réalité, financent son propre salaire non payé.

Quel taux de marge viser dans le bâtiment ?

Une marge brute de 30 à 40 % sur la main-d'œuvre et de 15 à 25 % sur les fournitures est un ordre de grandeur courant. Ce qui compte davantage est la régularité : un chantier sur trois en perte annule la marge des deux autres.

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